La scène du Freelance Tech Day s’illumine autour d’un thème central : comment rendre la tech plus diverse, équitable, inclusive et accessible ? Trois spécialistes, riches de leur expérience et de leur humilité, livrent une discussion à la hauteur des enjeux DEIA.
Paroles engagées, histoires vécues
Philippe Trotin entame la table ronde : son engagement pour l’inclusion plonge ses racines dans l’histoire familiale : « Grandir avec une maman non-voyante et vivre soi-même la dysorthographie a forgé mon regard sur le handicap, l’invisibilité et le potentiel de chacun. » Chez Microsoft, il coordonne des programmes d’accessibilité numérique, développe de nouvelles synergies, multiplie sensibilisations et formations : « Ce sont les histoires humaines qui font la force de la tech inclusive : miser sur des personnes qu’on n’aurait pas crues gagnantes à l’origine et découvrir leur incroyable valeur à long terme », témoigne-t-il.
Les anecdotes foisonnent : recrutement de profils neuroatypiques, adoption d’IA générative pour assister la productivité ou l’accessibilité (dictée vocale, prompts d’analyse de ton…), réponse agile à chaque situation. Pari réussi : de l’intégration à la montée en compétences, les innovations déployées libèrent le potentiel caché de nombreux talents.
Obstacles, leviers et impact
Le chemin n’a rien d’un long fleuve tranquille. Philippe insiste : « Au début, le sujet passait pour anecdotique. Il a fallu persévérer, sensibiliser, convaincre et embarquer progressivement tout l’écosystème, tech comme non-tech. Aujourd’hui, on sent la vague de fond : l’accessibilité devient une exigence légale, mais aussi une source d’innovation pour tous. » Les solutions numériques qui étaient perçues comme des besoins spécifiques se révèlent vite des boosters d’efficacité pour l’ensemble des collaborateurs, quelle que soit la situation .
La clé ? Faire de la diversité et de l’inclusion de véritables objectifs professionnels, à inclure dans l’évaluation de chacun : « On ne peut plus réussir son année en entreprise sans avoir mené au moins une action en faveur de l’inclusion. »
Médias, justice sociale et visibilité : la voix de Fabiola Dor
Fabiola Dor partage sa propre énergie : « La joie reste un moteur incontournable pour durer et réunir autour des enjeux d’équité. » Journaliste, créatrice, fondatrice, elle explore la manière dont justice sociale, inclusion et innovation peuvent (et doivent) s’articuler dans la tech comme dans les médias. Elle pointe les biais persistants : « On parle souvent de gender gap, mais l’intersectionnalité joue tout autant : origine sociale, ethnique, handicap… Tous ces paramètres impactent la carrière et la rémunération. » D’où l’urgence de raconter, de rendre visibles ces profils plus souvent ignorés, et de multiplier les espaces d’expression pour libérer la parole et inspirer confiance.
La tech inclusive de demain : financement, IA, nouveaux modèles
Pour l’avenir, Fabiola met en avant l’absolue nécessité d’ouvrir le financement au plus grand nombre : « Moins de 2 % des fonds tech vont aux femmes, encore moins aux femmes issues des minorités. Une tech vraiment inclusive passe d’abord par la capacité à rediriger les moyens vers des porteurs de projets différents, et à inventer de nouveaux modèles économiques. »
Philippe rappelle que l’IA, déjà partout, est un accélérateur pour l’accessibilité : « Dans 5 ans, des outils comme Copilot permettront encore plus à chacun de surmonter ses difficultés, mais aussi de préserver la santé mentale et l’équilibre professionnel dans un monde toujours plus rapide ».
Inclusion : du concept à la culture
Le mot de la fin : pour vraiment changer la donne, toute l’organisation doit porter l’inclusion, créer une sécurité psychologique, et se souvenir qu’on ne crée d’innovation pérenne que quand chacun trouve sa place. « N’attendez pas pour faire bouger les lignes, l’inclusion n’est pas une tendance, mais une responsabilité ! »